Deux campagnes inclusives accusées de prosélytisme retirées


Une affiche de l’UE et une affiche de la ville de Nantes, représentant toutes deux une femme musulmane portant le foulard, retirées en raison des voix d’opposition qui dénoncent un prosélytisme.

Deux campagnes inclusives accusées de prosélitysme

Deux campagnes représentant une femme portant le voile censurées pour prosélytisme

Ce sont deux nouvelles affiches qui ont été interdites cette semaine suite aux contestations de la sphère politique, une nouvelle polémique qui nous rappelle celle du mois novembre dernier.  Une fois encore, c’est le sujet du voile qui est sous le feu des projecteurs de la presse et des politiques. Cette question est devenue un éternel débat, et aujourd’hui plus que jamais avec la campagne présidentielle. Faisant du port d’un foulard un argument politique des plus importants. Propositions d’amendements, restrictions dans les espaces publics… quand cela ne relève pas de la loi, c’est la visibilisation de la femme musulmane qui soulève des voix. On se souvient de l’étudiante Myriam Pougetoux, présidente de l’Unef ou encore d’Imane Boun qui proposait des recettes peu coûteuses pour les étudiants qui ont toutes deux subi une vague de réactions violentes pour le simple fait d’être apparues à l’écran. Aujourd’hui c’est contre des affiches prônant la diversité et l’inclusion que les réfractaires se sont insurgés.

Une campagne européenne pour l’avenir en Europe décriée

Mercredi 9 février, pour inciter les citoyens à participer à la conférence sur l'avenir de l' Europe, la commission illustre une de ses 16 affiches avec une femme portant le foulard et le slogan " l'avenir est entre vos mains". Une campagne qui a fait beaucoup réagir en France. Dans un contexte de campagne présidentielle, deux mois avant les élections, les débats sur le voile n’en finissent pas. Cette campagne pourtant inscrite dans l’ambition de l’Union Européenne d’encourager une société plus inclusive n’a pas reçu l’accueil positif attendu en France.

« Choisir comme symbole de l’avenir de l’Europe une femme voilée est scandaleux ! » a réagi Eric Ciotti, député et conseiller de Valérie Précresse, candidate aux présidentielles 2022

Plusieurs voix de droite dénoncent cette image, arguant qu’elle représenterait « la soumission », « l’islamisme » et un « prosélytisme » 

La Ville de Nantes fait machine arrière

Deux campagnes inclusives accusées de prosélytisme

Une initiative pour célébrer la diversité le 17 février : la ville de Nantes a quant à elle proposé une affiche à l’occasion du mois de la femme, mettant en avant une femme portant un foulard à coté du titre « visages des nantaises ».

Cette illustration représentative d’une partie des Nantaises a attiré l’attention de Nadine Morano, originaire de cette ville. Il n’en fallait pas plus pour susciter la colère de la députée qui s’est insurgée sur twitter :

Suite aux vives critiques, la Mairesse de Nantes, Johanna Rolland s’est résolue à faire retirer l’affiche, évoquant « une erreur interne de la mairie » pour excuser son affichage.

Alors, prosélytisme ou Laïcité ?

Le terme « prosélytisme » est assez récurrent dans l’espace médiatique, nous avons pu le voir dernièrement dans le combat mené par le collectif les hijabeuses, suite au projet d’amendement visant à leur interdire le port du voile dans leur pratique sportive.

Mais alors, qu’est ce que le prosélytisme ?

Sihame Assbague, journaliste, nous rappelle la définition du Larousse:  c’est un « zèle déployé pour recruter des adeptes et imposer ses idées »

Que faut-il comprendre de ces accusations de prosélytisme ? Cela sous entendrait-il qu’une femme prenant la décision de porter le foulard aurait la ferme intention de promouvoir ses idées au plus large et de les imposer ? Aurait-elle un simple objectif tourné vers l'extérieur et non vers elle-même ? Une telle idée de la femme musulmane portant le voile agissant pour les autres ne serait-il pas là, une fois de plus, une manière de l’infantiliser ? De réduire sa manière de penser à l’autre et non à son propre cheminement personnel ? 

Même si le prosélytisme n’a rien d’illégal, il ne se réduit pas à porter un signe religieux. Pourtant, cet argument est très souvent repris lorsqu’il s’agit de voile tout en mêlant la question de laïcité. A partir du moment où ces campagnes ont pour but de représenter la population d’une ville, d’un pays ou encore d’un continent, n’ont-elles pas le droit de faire preuve d’inclusion pour une meilleure représentativité ? Parce qu’au nom de la laïcité, il faudrait toujours avoir une apparence neutre, sans signe ostensible religieux et ce, dans tous les espaces. Cependant cette neutralité induite par la Laïcité incombe à l’Etat et non aux citoyens contrairement à certaines idées reçues. La laïcité repose sur deux principes : l’obligation de l’État de ne pas intervenir dans les convictions de chacun et l’égalité de tous devant la loi, quelle que soit leur religion. Pour autant, cela n'empêche pas l’agitation médiatico-politique autour de l’islam, et par voie de conséquences, les milliers de commentaires qui affluent dans le même sens sur la toile. Une agitation qui atteint son paroxysme à la veille des élections, et qui tourne à l’obsession le reste du temps avec le terme de “signe ostensible religieux”, évoqué 267 fois à l’assemblée nationale en l’espace de cinq jours seulement. 

Une vague de soutien aux hijabis

Pendant ce temps, dans le monde, c’est la campagne World hijab Day qui bat son plein à travers plus de 150 pays. Cette édition du 1er février 2022 marquait son  10ème anniversaire avec la bannière « le hijab est notre couronne, pas un crime» .

À propos de l'Autrice
HADIA C.

 

 


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