Pourquoi Modest Fashion, hijab et sport ne sont-ils pas incompatibles ?


  1. Le sport : un moteur d’émancipation pour les femmes

Dans le monde du sport, on connaît les grandes figures telles que Serena Williams, sa sœur Venus ou bien Amélie Mauresmo et Laure Manaudou pour les championnes françaises de Tennis et de natation. 

Mais on connaît beaucoup moins les sportives telles que Ibtihaj Muhammad, l’escrimeuse américaine voilée qui a remporté notamment la médaille d’or aux championnats du monde en 2014. Elle a même une Barbie à son effigie et a été nommée parmi les 100 personnalités les plus influentes du monde dans le classement du magazine Time.

Il y a également Khadijah Mellah, qui a été la première jockey portant le hijab dans une course de chevaux britannique à seulement 18 ans. Bien qu'elle soit nouvelle dans ce sport, elle a remporté la Coupe Magnolia. Son histoire a fait l’objet d’un documentaire sur netflix. 

Le port du hijab ou du turban, loin de les opprimer, permet à de nombreuses femmes musulmanes de réconcilier la pratique du sport avec leurs convictions religieuses et devenir de grandes championnes à l’instar de Ibtihaj ou Khadijah.

Elles ouvrent la voie à d’autres femmes qui s’identifieront à elles et voudront, comme elles, devenir des sportives de haut niveau tout en portant fièrement les couleurs de leur pays mais également leur hijab. Pour en savoir plus sur la situation des sportives en France, nous avons interrogé Inès et Sounkamba, 2 sportives de haut niveau qui souhaitent allier leur passion pour le sport avec leurs convictions personnelles. 


2) Le sport version modest fashion : qu’est-ce que cela change ?

Pour Sounkamba, 22 ans, lavalloise, qui a commencé à pratiquer l’athlétisme à 18 ans, et qui est déjà médaillée championne de france jeunes 400m, ce qui prime dans le choix de ses vêtements de sport est la règle de pudeur, à savoir des vêtements couvrants, longs et qui cachent ses formes : « J’ai de la chance car dans mon sport, je n’ai pas d’impératifs à respecter concernant ma tenue, à part dans les compétitions. Donc je choisis des vêtements amples et couvrants, souvent je prends la taille au-dessus ». A la question de savoir s’il est facile de trouver des vêtements de sport pudiques, elle répond sans hésitation : « non, ce n’est pas facile du tout, à moins de regarder chez les garçons ».

En effet, il suffit de regarder les rayons des grandes enseignes de sport en France pour facilement se rendre compte que les vêtements ne correspondent pas aux besoins de toutes les femmes et notamment à celles qui ont des critères de couvrance dans leur choix vestimentaire : les t-shirts à manches trois quarts sont inexistants, les sweats longs sont à prendre en taille XXXL au rayon homme et les joggings larges sont tous dans des matières molletonnées beaucoup trop chaudes pour certaines pratiques sportives, quant au foulard adapté au sport… il n’est plus envisagé en rayon. 

Lorsque Décathlon a mis en rayon le hijab de sport de la marque Nike qui répond à ces attentes, la sphère politique et médiatique s’est offusquée de voir une enseigne française commercialiser ce « running hijab » pour les femmes musulmanes....

Le « pro hijab » proposé par Nike est un voile spécialement conçu pour la pratique du sport, inspiré par la championne américaine et musulmane Ibtihaj Muhammad. Aujourd'hui âgée de 32 ans, cette native du New Jersey a débuté l'escrime à 13 ans car ses parents cherchaient un sport « où elle n'aurait pas à modifier sa tenue ».

                                                                "Pro Hijab"

Répondant à un réel besoin, il a pu être testé  par des athlètes sponsorisées par Nike, dont Ibtihaj Muhammad mais également la patineuse artistique émiratie Zahra Lari ou la coach Égyptienne Manal Rostom. D’abord disponible en noir et gris, de nouveaux coloris ont vu le jour depuis, montrant l’élargissement d’une gamme de plus en plus complète.

Le cas de Ibtihaj Muhammad doit nous alerter, nous pouvons être admiratives de son parcours mais avez-vous noté la nuance ? Son entourage lui a suggéré d’opter pour un sport qui n’aurait pas d’impact sur le choix de sa tenue. Il est important de rappeler que l’habit se façonne selon la personnalité de celle qui le porte, et ce ne doit dans aucun cas être le contraire, sauf règle de sécurité dans le cas de certains sports. Il est donc urgent d’élargir dès à présent l’offre présente sur le marché vestimentaire du sport féminin. Non pour ouvrir un marché plus grand, mais surtout pour ouvrir toutes les portes à toutes les femmes sans exception. 

Inès est étudiante en santé et sportive. Elle a naturellement accordé une place importante au sport dans sa vie. Le sport est pour elle, comme un moyen lui permettant de prendre soin d’elle aussi bien physiquement que mentalement. Grâce au sport, elle affirme avoir appris à connaître son corps, à être à son écoute, à se surpasser, se challenger toujours en prenant beaucoup de plaisir. Elle définit le sport comme étant “créateur et vecteur de lien social, il rassemble et unit différentes personnes autour d’une passion commune”. Néanmoins, elle déplore à juste titre « les polémiques récurrentes qui empêchent les femmes musulmanes d’aller à la piscine, aux salles de sport et d’accéder aux compétitions sportives. Elles discriminent et mettent à l’écart une majorité de femmes (...)  Une femme doit être libre de pouvoir choisir et se vêtir comme elle le souhaite. Personne ne doit interférer dans ces choix car c’est son corps ! Interdire une femme d’accéder aux sports en raison d’une tenue est discriminatoire et va à l’encontre des libertés fondamentales ET aux valeurs véhiculées par le sport.” 

Les femmes ayant des critères de couvrance demandent simplement à s’habiller comme ELLES l’entendent et avoir accès à une pratique sportive comme tout le monde. Ce ne sont pas leurs convictions personnelles qui les enferment mais bel et bien les opportunités qui leurs sont fermées. 

Heureusement, des marques ont su entendre ces demandes et arrivent aujourd’hui à y répondre comme Rizanaa, marque française fraichement créée en début d’année 2020. Elle propose aujourd’hui une gamme de vêtements de qualité adaptée à la pratique du sport : 

Les leggings sont longs et les joggings sont plus amples. 

De même, pour les hauts de sport qui sont pensés de manière à épouser la silhouette tout en respectant les longueurs recherchées, bassin et bras sont alors couverts. Tout est pensé dans les moindre détails, les hijabs  de sport sont faits pour faciliter la vie de leurs utilisatrices, dotés d’ouvertures pour y introduire des écouteurs. En résumé, ils sont plus adaptés à la pratique du sport que les hijabs classiques. Toutes les pièces sont ainsi confectionnées avec des matières qui permettent une élasticité, elles retiennent la transpiration et offrent davantage de souplesse au vêtement.

crédit photo : Rizanaa

Sounkamba, qui n’a pas de tenue préférée pour pratiquer son sport, avoue aimer les hauts longs, qui s’attardent davantage sur la silhouette que sur les formes, offrant ainsi un maximum de confort.    

 

 

  

III/ Le manque d’offre de tenues est-il le seul facteur des difficultés d’accès au sport pour les femmes portant le hijab ?

Des barrières sont dores et déjà en place sur les lieux d’entrainement et de compétition sportifs. Inès nous raconte ne pas avoir vécu directement ce type d’injustice mais elle a rencontré des femmes qui ont subi ce genre de discrimination et d’exclusion. Leurs témoignages sont extrêmement touchants et poignants. “Ces injustices ont des répercussions sur les vies de ces femmes tant sur le plan physique que psychologique : de l’appréhension, de la peur, du dégoût, de la tristesse, abandon du sport qui peut s’accompagner d’une prise de poids, baisse de l’estime de soi. J’aimerais dire à ces femmes qu’elles sont fortes et courageuses, qu'elles continuent de garder la tête haute et de verbaliser leurs émotions pour mettre des mots sur leurs maux afin qu’elles puissent surmonter ces moments douloureux. Nous devons être informé.e.s sur les droits dont nous disposons pour pouvoir entreprendre des démarches auprès des associations ou instances qui agissent pour faire reculer les injustices et dénoncer ces discriminations” Les choix des tenues vestimentaires des femmes ne devraient pas avoir leur place dans les débats. Une femme doit être libre de découvrir ses jambes tout comme de se couvrir la tête.

Partout sur les réseaux sociaux, nous avons vu émerger le hashtag “hands off my hijab” (pas touche à mon hijab) provenant de collectifs mais aussi de femmes souhaitant porter leurs voiles de manière apaisée. 

 

IV) La pudeur serait-elle devenue à la mode ces derniers temps ?

C’est à ce demander si c’est un sujet trop facile à ressortir sur chaque débat. La mode modeste ou mode pudique (de l’anglais modest fashion ou modest clothing) est une façon de se vêtir en respectant un certain nombre de codes faisant référence à certaines conceptions de la décence. Ce terme peut désigner un mouvement influencé par les femmes musulmanes… mais ce phénomène ne peut pas être réduit à une seule religion. En effet, toutes les femmes peuvent se sentir concernées par la modest fashion, qu’elles soient croyantes ou non. La pudeur est une valeur centrale de ce mouvement mais qui doit être propre à chacune. La définition de ce terme étant large et affiliée à des perceptions personnelles qui ne peuvent être généralisées. C’est aussi cela qui fait de la modest fashion un mouvement inclusif.

D’ailleurs Inès affirme avoir reçu également beaucoup de mots réconfortants de personnes qu’elle a pu rencontrer : “depuis que je porte le voile et fais du sport, je reçois énormément de soutien de la part de personnes que je ne connais pas, non musulmanes, hommes ou femmes que je rencontre sur les pistes lors de mes entraînements. Ce sont des encouragements, des sourires, des compliments et parfois même de longues discussions”.

La mode  et le sport sont universels et chaque femme y a sa place.

Le changement est en train de s’opérer. Et ce n’est que le début. 


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