KESWA dévoile le secret des symboles de ses créations


Rencontre avec Mariem, créatrice engagée et passionnée, fondatrice de la marque Modest Fashion KESWA.

Mariem est une jeune maman de 30 ans d'une petite fille de 2ans. Elle partage sa vie entre la Suisse, où elle vit, la région parisienne, où elle a grandi, et la Tunisie, le pays de ses origines. Après un début dans la vie active très varié en passant par plusieurs métiers qu'elle changeait tous les 2 mois, celle que ses amies surnomme "Mimi Mathy", se lance dans l'entrepreneuriat une fois sa licence en fac d'Histoire obtenue. Installée en Suisse, c'est une évidence : elle combine deux univers qu'elle affectionne : l’Histoire et la Mode. Keswa est née en 2018. Rencontre avec la créatrice mode qui nous livre les secrets cachés derrière ses créations.

KESWA dévoile le secret des symboles de ses créations

ORDESTIE : Peux-tu nous parler de la naissance de Keswa ? Pourquoi as-tu décidé de créer cette marque ? 

Mariem, créatrice de KESWA : C’est un projet que j’ai toujours eu dans un coin de ma tête. Ma mère était couturière et je la voyais créer des vêtements pour nous, mais c’est lors d’un voyage dans le Sud de la Tunisie que j’ai eu ce déclic en découvrant le Houli. C’est une étoffe ancestrale de la Tunisie, très colorée, que l’on retrouve aujourd’hui davantage dans le Sud du pays. Elle est portée comme un sari par les femmes du Sud lors des mariages. Ma sœur et moi avons acheté un coupon, j’ai dessiné une veste et ma mère s’est chargée de la confectionner. Lorsque l’on portait ces vestes lors de mariages, elles avaient un succès auprès de tout le monde ! C’est comme cela que j’ai eu envie de me lancer dans la création de vêtements. 

L’idée de Keswa c’est de donner du sens à son dressing et d’apporter un peu d’histoire. Mais également de pouvoir se définir par son vêtement. 

Quelles ont été tes inspirations à la création de Keswa ? Au fur et à mesure des créations, as-tu eu d’autres sources d’inspiration ? Si oui, lesquelles ? 

La Keswa est un ensemble traditionnel tunisien composé d’une blouse et une jupe portés par les mariées. 

Les premières pièces ont été principalement influencées par le Houli. Quant à mon inspiration de façon générale, elle est empreinte de la culture berbère que je trouve fascinante. Bien que cette culture soit de tradition orale, elle a su préserver son héritage artistique, culinaire, linguistique… à travers le temps malgré les influences extérieures. C’est une signature que je souhaite garder dans certaines de mes collections aux côtés d’autres inspirations. 

J’ai la chance d’avoir une double culture et je ne veux pas faire de choix car elles font partie de mon identité. Aussi, c’est quelque chose que je souhaite transmettre dans mes créations avec des collections qui voguent entres les cultures ancestrales et la modernité. 

KESWA dévoile le secret des symboles de ses créations

Quelles sont les valeurs incarnées par Keswa ? Et pourquoi ? 

Nous faisons en sorte d’être le plus éthique possible. À travers notamment la confection de nos créations. Nous sommes très proches de nos producteurs en Tunisie et nous veillons au bien-être des couturières, par exemple en termes de salaire, de condition de travail… D’ailleurs, j’ai passé beaucoup de temps au côté des couturières pour faciliter les échanges, comprendre leur métier et apprécier le fruit de leur travail. 

C’est pour cela que Keswa adhère au concept de la Slow Fashion qui se traduit, pour nous, par la production de petites quantités, éviter le gâchis de matière et proposer de nouvelles créations. 

L’éthique Keswa, c’est aussi le mouvement Mode Modeste, qui s’inscrit dans la volonté d’offrir aux femmes musulmanes mais également de tout horizon, des vêtements tendances, esthétiques et de mettre en valeur leur silhouette sans dévoiler leurs formes avec des coupes oversize par exemple. Moi-même cliente de la Mode Modeste, j’apprécie les tenues confort tout en étant à la mode, surtout depuis que je suis maman.  

L’éthique est une valeur très présente chez Keswa, peux-tu nous en dire peu plus ? 

C’est une valeur que j’introduis dans ma vie personnelle et dans mon mode de consommation. Chez Keswa, elle est se retrouve sous différents aspects : le sourcing des matières comme les tissus inutilisés des collections précédentes, les premiers mètres de rouleau de tissus qui en règle générale vont à la poubelle. D’ailleurs, j’ai trouvé en Tunisie un entrepôt qui avait énormément de stock de tissus non utilisés dont j’ai pu me servir pour certaines collections. 

L’éthique se retrouve également dans la dimension sociale en s’assurant que les salariés travaillent dans de bonnes conditions avec un salaire à sa juste valeur. 

Enfin, la notion d’histoire à travers le vêtement permet de créer un attachement et d’être à contre-courant de la fast fashion et de la mode jetable. 

Bien que cela soit un challenge pour Keswa, je tends à faire évoluer notre marque vers l’éthique. 

KESWA dévoile le secret des symboles de ses créations

Ta dernière collection Lotus des Confins est marquée par une pièce exceptionnelle qui raconte une histoire sécrète ? Peux-tu nous mettre dans la confidence ? 

Depuis la création de Keswa c’est la pièce sur laquelle je me suis le plus éclatée ! Je l’ai faite avec mes tripes. Cette création est à la croisée de plusieurs aspects de ma vie : Tout d’abord, ma redécouverte du récit du Voyage Nocturne de la vie du Prophète et du « Sidrat Al-Muntaha » (Lotus de la Limite) que j’ai traduit avec plus de poésie par le « Lotus des Confins ». Il s’agit de la limite atteinte par Le Prophète lors de son Voyage dans les cieux et au-delà de laquelle personne ne sait ce qu’il y a. Ensuite, à une période de questionnement spirituel de ma vie, j’ai recherché des réponses dans la Science. Un jour, j’ai une discussion bouleversante avec un chercheur du CNRS, au sujet de la Science et du Savoir qui avait ses limites : La Connaissance et la Science ne se limitent qu’au Monde du visible et appelle à l’humilité. Ainsi j’ai trouvé que ce Lotus symbolisait la limite entre le Savoir : les 7 cieux connus de tous et l’Inconnu : ce qu’il y a au-delà. 

Et c’est là que la Foi nous permet de croire en l’Invisible et c’est qui est incroyable. Dans cette symbolique, le Lotus nous rappelle à la soumission au Divin. 

Pourquoi avoir voulu raconter ce passage de la vie du Prophète (Paix et Bénédiction sur lui) ? 

Par une volonté d’entremêler le Spirituel et le Vêtement, de pouvoir porter son appartenance.

J’ai voulu inviter les femmes à découvrir ou redécouvrir cette histoire.

Bien entendu, ce n’était pas évident de retranscrire un récit sur un vêtement et la seule alternative qui s’offrait à moi était la broderie. 

Ma rencontre avec un artiste, Elies, a été extraordinaire. Après plusieurs essais, nous avons conçu le dessin qui correspondait à ce que j’avais à l’esprit à travers des symboles berbères. 

Pourquoi avoir choisi ce type de symboles ? 

Je souhaitais raconter une histoire de l’Islam à travers des tracés berbères afin de lier ces deux univers qui se sont longtemps opposés. J’ai voulu célébrer le mariage entre la culture berbère qui a disparu au profit de la culture arabe lors de l’expansion de l’Islam au Maghreb.  

J’ai voulu également symboliser ma double culture par la Lune et le Soleil. 

KESWA dévoile le secret des symboles de ses créations

Quelle femme as-tu imaginé pour porter cette pièce ? 

J’ai imaginé une femme qui aime l’originalité, qui est attachée à sa spiritualité et qui souhaite s’habiller de façon modeste tout en étant stylée en toute circonstance. Le trench peut se marier avec toutes les tenues : chic, casual, décontractées…

Sur quel projet travailles-tu aujourd’hui pour Keswa? 

J’ai travaillé sur les prochaines collections de l’année qui sont prêtes. Pour la collection capsule historique, je pense surprendre tout le monde. J’ai énormément d’idées que je dois sélectionner et confronter à la faisabilité technique. Je tiens davantage à aborder mon histoire personnelle, mes blessures ainsi que la double culture qui est un concept important que je souhaite transmettre dans mes futures collections. Une dualité qui se retrouve dans la culture, la religion, l’évolution de la société moderne dans laquelle on se retrouve comme des funambules qui tentent de trouver l’équilibre. 

Peux-tu nous partager ton meilleur souvenir lié à Keswa ? 

Je vais en sélectionner deux. Il s’agit du jour où j’ai trouvé l’atelier de production avec lequel je collabore actuellement. J’étais à un tournant de l’histoire Keswa. Je travaillais avec des ateliers au sein desquels je ne me retrouvais pas en termes d’éthique, de qualité de la finition des vêtements. Je n’étais pas convaincue par les ateliers que je visitais en termes d’éthique sociale. Par ailleurs, mes quantités ne séduisaient pas tout le monde. Malgré tout, j’ai fait preuve de ténacité et au fil de rencontres inattendues, alors que je pensais tout arrêter, j’ai eu la belle surprise de trouver cet atelier qui correspondait à mes attentes à tous points de vue. 

Aujourd’hui, je suis ravie de collaborer avec eux et rassurée. 

Le second est le Pop-up Store Ordestie qui a été un véritable tremplin pour Keswa. Il m’a permis d’avoir une belle visibilité et de rencontrer d’autres créatrices. J’ai été également rassurée par l’accueil fait à la collection, et notamment le trench Lotus des Confins dont certaines couleurs ont été en rupture lors de l’évènement. 

KESWA dévoile le secret des symboles de ses créations

Pour terminer, quel conseil donnerais-tu à celles qui souhaiteraient se lancer dans la création ? 

Le principal est de ne pas se comparer aux autres, de rester concentré sur sa ligne de conduite. Dans mes débuts, je regardais ce qui se faisait ailleurs et je craignais d’être beaucoup trop décalée par rapport à la tendance. Je scrutais mon nombre d’abonnés sur les réseaux sociaux et je me disais que c’était trop peu… En fait, cela me faisait perdre de vue mon objectif et beaucoup de temps. Le plus important est rester focus, authentique dans ce que l’on entreprend et d’apporter de la nouveauté. Aujourd’hui, avec le trench personalisé Lotus des Confins, c’est un retour en force de ce qui me correspond vraiment. 

Enfin, le budget ne doit pas être un frein à entreprendre. Pour ma part, j’ai commencé avec 1000 euros et aujourd’hui, je vois les choses grandir à mon rythme. J’invite celles qui souhaitent se lancer à le faire avec leur budget et laisser le projet fleurir. 

 

De quoi encourager vers de nouvelles vocations !

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Samya B. rédactrice contributrice ORDESTIE
À propos de l'Autrice
SAMYA B.
Samya B. est une âme curieuse. Passionnée par divers univers comme les médecines douces, le crossFit, la lecture, elle est aussi une adepte du digital, domaine dans lequel elle aspire à s’épanouir comme product owner.

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